Embauches contre baisse de charges, un pacte de dupes
Le 31 décembre dernier, François Hollande a lancé l’idée d’un « pacte de responsabilité », énième avatar d’une politique de baisse des charges dans l’espoir de résorber le chômage. Manque d’imagination, entêtement malvenu, ignorance des mécanismes économiques ? Il y a un peu de tout cela. Pourtant, une simple revue des tentatives précédentes suffit à comprendre l’inanité du procédé.
Exonérations de charges sociales, CICE, baisse de la TVA dans la restauration : échec, échec et mat.
Depuis les années 1980, de nombreux dispositifs d’exonération de charges sociales ont vu le jour. Certaines s’appliquent à toutes les entreprises, tels les contrats aidés (apprentissage, professionnalisation…) ou les baisses de cotisations sur les salaires inférieurs à 1,6 fois le SMIC ; d’autres sont plus ciblées, comme les aides accordées aux employeurs installés dans des zones défavorisées (zones urbaines sensibles ou de revitalisation rurale) ou relevant de secteurs d’activité particuliers (entreprises dites innovantes). Selon un rapport sénatorial daté du 21 février 2012, ces exonérations entraînent un manque à gagner de 30 milliards d’euros par an, alors qu’aucune étude sérieuse ne permet d’affirmer qu’elles aient un quelconque impact sur la création d’emploi.
Le crédit d’impôt compétitivité emploi mis en place plus récemment est tout aussi inefficace : 20 milliards seront gaspillés en 2014, sans espoir de redémarrage de l’économie si l’on en croit les prévisions du gouvernement.
Lors de la baisse de la TVA dans la restauration durant le quinquennat précédent, le patronat s’était engagé à créer massivement des emplois dans ce secteur d’activité. Résultat, 5 ans après sa mise en œuvre, l’INSEE évaluait à 6000 le nombre d’embauches annuelles induit par cette mesure. Pire, le retour en arrière amorcé depuis (hausse de la TVA de 5,5% à 7% en 2012, puis à 10% au premier janvier 2014) semble avoir eu autant d’effet qu’un gravillon jeté dans l’océan.
La politique de l’offre est un non-sens économique
Pierre Gattaz, l’actuel dirigeant du MEDEF, s’est vanté durant plusieurs mois d’être en mesure d’embaucher 1 million de personnes en échange d’une baisse des charges conséquente. Mis au pied du mur par l’annonce présidentielle, il a baissé d’un ton. Et pour cause. Par définition, il n’a aucun pouvoir de décision sur la gestion des ressources humaines de ses pairs. Accroître ou diminuer la masse salariale dans une entreprise dépend d’un seul critère, le taux de remplissage du carnet de commandes. Et pour qu’il y ait commande, il faut des acheteurs, solvables de surcroît, et donc de la croissance. Croissance qui, en France, dépend essentiellement de la consommation des ménages (la demande) et non de l’offre.
La solution existe : transférer les charges de personnel sur le chiffre d’affaires ou l’EBE
Ceci dit, le poids des charges pesant sur les salaires est effectivement trop élevé dans notre pays. Les répartir sur le chiffre d’affaires ou, comme cela avait été envisagé un temps, sur l’excédent brut d’exploitation (EBE), ne coûterait pas un centime à la Sécurité Sociale et allègerait de manière significative le coût du travail dans les entreprises de main d’œuvre. Évidemment, cette solution de bon sens est refusée depuis toujours par le grand patronat, car les revenus des actionnaires s’en trouveraient diminués.
Pourtant, il y aurait là matière à sceller un « vrai » pacte de responsabilité.
Ce début de semaine est marqué par deux bonnes nouvelles en matière de santé : tout d’abord, en Inde, la poliomyélite est en passe d’être éradiquée ; de plus, le gratin des spécialistes des maladies hépatiques a annoncé la commercialisation prochaine de deux molécules susceptibles de guérir les patients atteints par la forme la plus sévère (C ), qui touche 150 millions d’individus à travers le monde.
