Jean-Claude Juncker ou la fin de l’utopie européenne

Les élections européennes de mai dernier sont les premières auquel s’applique le traité de Lisbonne, qui prévoit que le président de la Commission européenne soit élu par le Parlement sur proposition du Conseil. L’assemblée des chefs d’état de l’Union a choisi, sans surprise, de soumettre au Parlement la candidature du chef de file du parti populaire européen (PPE), Jean-Claude Juncker, soutenu également par les sociaux-démocrates (S et D). A eux deux, ces mouvances réunissent 401 députés sur les 751 que compte l’actuel Parlement.
Pourtant, Jean-Claude Juncker est l’illustration même de l’apparatchik libéral dont une grande partie des européens ne veulent plus. Cet homme de 59 ans né au Luxembourg a effectué toute sa vie d’adulte en politique : secrétaire d’état à l’âge de 28 ans, ministre à 35 puis premier ministre de son pays durant 18 ans, un record en Europe.
Sa carrière européenne débute aussi dans les années 1980. En tant que membre de Conseil pour les affaires économiques et financières, il participe activement à l’élaboration du traité de Maastricht, cet accord délétère à l’origine de la dérive ultralibérale de l’Union Européenne. Par la suite, il présidera l’Eurogroupe, un machin censé coordonner la politique économique de la zone euro. Il est de ce fait associé aux politiques d’austérité imposées à de nombreux pays comme la Grèce et le Portugal. Dans le même temps, il usa de toute son influence pour maintenir le secret bancaire et le statut fiscal en vigueur au Luxembourg, même s’il a du, sous l’insistante pression de l’OCDE, se résoudre à adopter quelques mesures visant à combattre l’évasion fiscale.
Sa nomination n’offre donc aucune perspective réjouissante pour l’avenir des européens. Si Juncker devrait, grâce à son expérience et son art du consensus, se montrer moins mauvais que son prédécesseur José Manuel Barroso, sa nomination au poste le plus important de l’UE prouve que ses institutions restent sourdes aux aspirations des citoyens qu’elles sont censées représenter. Sauf énorme surprise, l’Europe des 28 continuera à s’enfoncer dans la récession aggravée par une politique monétaire, financière et sociale favorisant les capitalistes au détriment des travailleurs et le dumping social au bien-être des citoyens.
Rien d’étonnant alors si ces mêmes citoyens rejettent encore davantage cette Europe construite en dépit du bon sens. Cette belle utopie née des décombres de la seconde guerre mondiale est désormais en danger d’extinction. Jean-Claude Juncker, selon toute probabilité, en sera le fossoyeur.

