Tous voyeurs ?

« Tous pourris »
Cette expression, je la lis et l’entends tous les jours s’agissant de la classe politique. Rien n’est plus faux, même si les agissements d’un certain nombre d’entre eux accréditent parfois cette thèse. L’an dernier, la révélation des comptes suisses du ministre du budget Jérôme Cahuzac a provoqué l’élaboration en urgence de la loi relative à la transparence de la vie publique publiée le11 octobre 2013. Cette loi a créé une autorité administrative indépendante, la Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique (HATVP) chargée de « promouvoir la probité des responsables publics ». Plus de 8000 titulaires de mandats exécutifs ont du lui adresser une déclaration d’intérêts et d’activité censée éviter les conflits d’intérêts entre leurs mandats et leur vie privée. Si l’intention du législateur était louable en soi, elle me semble contrevenir au respect de l’intimité des élus et, plus grave, de celle de ses proches. D’autant que son article 5 impose la publication en ligne de ces déclarations au contenu très intrusif.
Un mauvais service rendu à la démocratie
Depuis le 23 juillet dernier, les déclarations des députés et sénateurs sont accessibles sur le site de la HATVP. Ces formulaires de 6 pages comprennent 11 paragraphes, qui ne présentent souvent aucun intérêt par rapport à l’objectif suivi. Ainsi du n°2 « les activités professionnelles ayant donné lieu à rémunération ou gratification exercées au cours des 5 dernières années » : le montant de ces rémunérations n’apporte aucune information pertinente par rapport à un éventuel conflit d’intérêt susceptible d’influer sur le vote du député ou du sénateur. Plus grave, le n°7 révèle la profession du conjoint, alors même qu’il n’est pas élu. Le n°9 donne même le nom des collaborateurs parlementaires, pourtant simples salariés. D’autres informations contenues dans le formulaire, comme la participation du parlementaire aux organes dirigeants d’organismes publics ou privés (n°4) ou les mandats électifs détenus (n°8) auraient certes pu éclairer l’électeur au moment du vote, mais je ne vois pas l’intérêt de les publier en cours de mandat.
En définitive, le fait de jeter en pâture la vie passée et présente des élus de la République n’apporte rien à la démocratie. Qu’une Autorité Administrative Indépendante exerce un pouvoir de contrôle et de vérification sur la compatibilité entre intérêts privés et publics des parlementaires, pourquoi pas. Que tout un chacun puisse éplucher leur vie privée les transforme en acteurs de téléréalité, au nom d’une transparence qui confine au voyeurisme.





