2016 ou la fin de notre civilisation ?
L’année 2016 est bien partie pour laisser une trace dans l’Histoire. Une trace peut-être équivalente à celle de l’année 476 et de la fin de l’empire romain d’occident. Avec toutefois une différence : alors que l’empire a mis un bon siècle pour s’effondrer, notre civilisation des Droits de l’Homme et de la laïcité est passée en moins de 30 ans du triomphe absolu à une agonie à l’issue incertaine.
La chute du mur de Berlin fut l’apogée de notre monde
Pour les futurs historiens, 1989 représentera sans doute le sommet de notre civilisation. La fin de la guerre froide, dernier vestige d’un 20ème siècle dominé par la barbarie la plus abjecte, consacrait la liberté des peuples et la démocratie comme les valeurs universelles d’un monde obscurci jusque là par les conflits militaires et les idéologies rétrogrades. L’Europe, en particulier, retrouvait une unité culturelle, politique et économique. L’Union Européenne alors en construction symbolisait un ordre mondial apaisé et triomphant ; d’autres régions du monde, telles l’Amérique du Sud et dans une moindre mesure l’Extrême-Orient et l’Afrique subsaharienne, s’ouvraient à la démocratie.
Las ! A peine une génération plus tard, l’incurie de nos élites mettait à bas nos espoirs radieux.
D’un François à l’autre, quelle dégringolade !
On peut l’apprécier ou non, mais François Mitterrand possédait une vision de la grandeur de la France. A contrario, son triste successeur démontre jour après jour une absence complète d’idées et une propension marquée à faire n’importe quoi. Et là où le premier cité a maintenu le cap des valeurs républicaines malgré les nombreux attentats qui émaillèrent ses septennats, le second multiplie les envois de troupe à l’étranger, proclame à tout va que nous sommes en guerre, décrète un état d’urgence inutile et liberticide, promeut la déchéance de nationalité envers des barbares qui cherchent de toute façon à mourir, en résumé attise la haine et désunit notre pays. A sa décharge, la droite fait pire. Il est difficile d’en sélectionner la proposition la plus imbécile entre l’enfermement de personnes présumées innocentes, l’équipement des policiers en armes lourdes ou le rétablissement de la double peine.
L’Europe, à l’instar du défunt empire, se désintègre sous nos yeux
Dire qu’il y a peu l’Union Européenne recevait (à juste titre) le prix Nobel de la paix… Aujourd’hui, la construction voulue par Jean Monnet et Konrad Adenauer est en cours de désintégration. Incapable de gérer l’arrivée de deux malheureux millions de migrants, gangrenée par le populisme et le nationalisme, elle a même perdu un de ses membres en juin dernier. L’Union Européenne basée sur l’esprit de paix, de coopération entre les peuples et de coordination des politiques économiques et sociales n’est plus, la faute une fois encore à des élites sans vision, arrogantes et technocratiques, qui agissent depuis trop longtemps contre les peuples pour que ceux-ci souhaitent encore y participer.
La question qui tue : peut-on encore sauver notre civilisation ?
J’ai malgré tout envie de répondre oui. Non par optimisme béat mais parce que nombre d’entre nous, y compris de trop rares politiques, résistent au repli sur soi et à l’abrutissement sécuritaire. Ainsi des députés qui refusent l’état d’urgence ou s’élèvent contre le « nous sommes en guerre », des élus locaux qui maintiennent leurs festivités contre vents et marées, des mouvements comme Nuit Debout ou les Free Hugs. Tous ces citoyens qui disent « oui » à la paix et « non » à la guerre feront gagner les Droits de l’Homme face à la barbarie. Tôt ou tard, la lumière l’emportera sur les ténèbres.